jeudi 23 mai | 07:05

Les oiran, les premières fleurs avant les geishas

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Si de nos jours tout le monde ou presque connaît les geisha, les oiran qui les ont précédés restent plutôt méconnues. Et pourtant, celles que l’on appelle les premières fleurs avaient un rang plus élevé que leurs consœurs femmes des arts.

Crédit photo : oiran-miyabi.com

 

Origines

 

おいらの所の姉さん
Oira no tokoro no nee-san (la fille de notre maison), telle serait l’origine du nom oiran (花魁, les kanjis utilisés signifient fleur et premier).

Les oiran apparurent au début de l’ère Edo, au XVIIe siècle. À cette époque, Yoshiwara, district de l’ancien Tokyo, était très connu pour son quartier des plaisirs : yûkaku où se rassemblaient de nombreuses maisons closes.
Les Oiran étaient différentes des autres prostituées, car leur rang élevé leur permettait une grande liberté. Elles n’étaient donc pas exposées au rez-de-chaussée dans les harimise comme les yujo, filles de joie, de bas rang pour que les clients fassent leur choix.

Harimise, kansai university digital archive

 

Ce sont elles qui choisissent leurs clients.

Les oiran, en effet, n’étaient pas seulement considérées comme très belles, mais elles étaient également très cultivées et de bonne éducation. Devenir oiran était difficile et les apprenties kamura étudiaient assidûment l’écriture et la lecture.

Oiran et son apprentie kamuro (à gauche) / Morisada
Manko – National diet library

 

Leur processus était ainsi long et très onéreux pour les clients. Les hommes qui fréquentaient les yûkaku étaient des riches marchands, des samurai ou encore des intellectuels.
Le agedai (tarif) pouvait atteindre 130 000 yen en argent actuel (~900 euros). Il était aussi courant pour le client de payer trois visites en argent et cadeaux avant que la oiran accepte de passer la nuit avec lui.

Les oiran sont aussi très connues pour le oiran dochu, un défilé durant lequel la oiran, suivie de ses servantes kamuro effectuait une marche spéciale hachimonji (八文字) chaussée de sanmaiba geta (三枚歯下駄) des sandales spéciales hautes de 20 cm ! On disait qu’il fallait 3 ans pour apprendre le hachimonji, une façon de marcher très difficile avec les pieds vers l’intérieur qui requiert une grande force physique.

Ce défilé existe d’ailleurs encore de nos jours et est un grand moment du festival de printemps de Tokyo.

Les Kimonos luxueux des oiran

 

Les oiran arboraient une toilette très luxueuse qui comportait de nombreuses couches de kimonos et accessoires. Leur kimono était en effet composé de 5 couches et pouvait atteindre les 20 kg ! Les couleurs étaient également très vives pour montrer leur statut élevé et attirer les clients.

La plus grande différence avec la manière de porter habituellement le kimono est le nœud obi qui était attaché à l’avant et non à l’arrière. Plusieurs théories peuvent être avancées :
La première est que le obi porté à l’avant était considéré comme plus joli et il attirait plus l’attention.
La deuxième théorie aurait un lien avec le statut social. En effet, le nœud porté à l’avant est gênant et empêche de bouger librement. Mais les servantes peuvent vous aider ! Avoir le obi à l’avant montrait donc que vous étiez de rang supérieur. 

Leur coiffure spéciale était appelée datehyogo (伊達兵庫) et comportait de très larges kanzashi (ornements).

Leurs chaussures étaient des geta spéciales hautes de 20 cm portées sans chaussettes ! (à la différence des geisha) et leur maquillage tournait autour de trois couleurs : le blanc pour le visage, le noir comme eyeliner et le rouge pour la bouche et aux coins des yeux.

De nos jours au Japon l’image des oiran est celle d’une femme sexy portant le kimono très bas sur les épaules pour dévoiler le décolleté, mais cette image est erronée, les oiran de l’époque ne le portait pas aussi bas.

Différences avec les geisha 

Vous vous demandez sûrement quelle est la différence avec les geisha ?

Différences entre une geisja (à gauche) et une oiran (à droite)

Il est important de noter que les geisha « personne qui pratique les arts » ne sont pas des courtisanes. Elles étaient des performeuses pour les classes moyennes et étaient extrêmement douées en art. Cependant, les Oiran étaient censées être encore plus talentueuses.
Les geisha pratiquent le shamisen, le koto et le chant. À l’époque, on dit qu’elles faisaient patienter le client des oiran dont les tarifs étaient bien plus élevés. Ces prix et ces luxes vont d’ailleurs porter préjudice aux oiran après la guerre et les Japonais opteront plutôt pour les geishas moins chères.

Les oiran n’existent donc plus de nos jours mais les geisha exercent encore leur art.

 

Les oiran dans la pop culture 

 

Sakuran

Manga de Mokoyo Anno 2001-2003 et adaptation cinématographique (2006 sortie française en 2008).

Synopsis :

Une jeune fille est vendue comme kamuro à Yoshiwara, le quartier des plaisirs d’Edo. Elle deviendra Kiyoha, la plus belle oiran de la maison Tamakiku.

 

Demon slayer et koinatsu

La oiran Koinatsu fait son apparition dans la saison 2 dans l’arc quartier des plaisirs. Elle fait partie de la maison close Tokito et apparaît pour la première fois lors du oiran dochu.

 

 

La popularité récente des oiran (des studios de séances photos se spécialisent notamment dans le style oiran) au japon est sûrement dû au succès de Demon Slayer qui a contribué au regain de curiosité sur cette partie de l’histoire Japonaise.

Connaissez-vous les oiran ?

 

 

 

 

 

A propos de l'auteur

Passionnée par la mode, la sociologie et le Japon, j'ai une licence en langue et civilisation japonaise. Après avoir vécu 3 ans à Kyoto et Osaka en tant qu'étudiante et mannequin, j'ai travaillé en France dans le milieu du luxe (Louis Vuitton, Dior, Isabel Marant, Paule Ka…). Mais le Japon me manquait tellement que j'y suis retournée en 2019 ! J'habite maintenant près de Kobe, dans la région du Kansai où j'ai repris mon activité de mannequin. J'ai rejoint l'équipe de Japan Glossy en juillet 2021.

2 commentaires

  1. Interessant, come toujours et très instructif.
    Non je ne connaissais pas les Oirans, d’ailleurs quelle est la prononciation ?
    Intéressant (et attristant) de voir ce besoin de hiérarchie qui revient partout dans nos sociétés.
    20kg de vêtements, 20 cm de hauteur pour les chaussures, elles transforment une entrave et une oppression en art à maîtriser qui augmente leur valeur

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