mardi 25 juin | 08:36

Les Japonaises se rasent les bras et les mains ?

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Comme de nombreux pays à travers le monde, les Japonais ont une mauvaise image des poils et préfèrent une peau lisse et épilée. Cependant, la plus grande différence avec la France est que lorsque l’on pense épilation au Japon, on pense souvent bras.

S’épiler les bras, et même les mains au Japon c’est courant

 

S’épiler les bras, et même les mains au Japon c’est courant, et même considéré comme une évidence. Au contraire, une femme qui ne s’épile pas au Japon a une image négligée voire sale, pour eux, cela veut dire qu’elle ne s’occupe pas bien d’elle.

une femme qui ne s’épile pas au Japon a une image négligée voire sale

Une chose surprenante peut-être pour nous est que cette guerre des poils ne concerne pas la zone du maillot, qui reste pratiquement intouchée.

Techniques et zones d’épilation 

 

Une autre différence avec la France où on s’épile souvent à la cire chez soi ou en institut, au Japon, vous ne trouverez aucun service de la sorte. L’épilation longue durée la plus répandue est la lumière pulsée en plusieurs séances. Attention, le mot épilation (脱毛 datsumo) en japonais renvoie souvent à cette lumière pulsée.

le mot épilation (脱毛 datsumo) en japonais renvoie souvent à la lumière pulsée

Cela vous évitera de répéter mon erreur fraîchement arrivée au Japon en prenant rendez-vous pour une épilation dans un salon imaginant que ce serait de la cire.

L’épilation courte durée la plus populaire est le rasage comme en France. Vous trouverez également un rasoir spécial appelé kaosori spécifiquement créé pour le visage. Les Japonaises se rasent les sourcils, lèvres, et même le visage entier pour certaines.

rasoir spécial appelé kaosori spécifiquement créé pour le visage/ crédit amazon.co.jp

Le sondage ci-dessous montre le top 3 des zones épilées :

le top 3 des zones épilées au Japon

  1. Les aisselles (88.5 %)
  2. Les jambes (84.5 %)
  3. Les bras (80.8 %)

Juste derrière on trouve les mains et doigts (68.9 %) et le visage (67.5 %).

Dans le même sondage, vous pouvez constater que le maillot est loin derrière avec seulement 25.4 %.

Si l’on compare avec un sondage effectué en France, on peut voir que les résultats diffèrent pour la troisième position :

sondage effectué en France / Charles.co

  1. Les aisselles (81 %)
  2. Les jambes (80 %)
  3. Le maillot (75 %)

En somme, il y a autant de Françaises qui s’épilent les bras que de Japonaises qui s’épilent le maillot (22 % contre 25.4 %).

Les Japonaises s’épilent donc plus souvent les bras, les mains et les doigts que les parties intimes. Serait-ce car cette zone est, par définition, non visible et donc moins un tracas du quotidien ?

La réponse est plus liée aux yeux de la société.

Le maillot, une zone intouchée ?

 

Pour le maillot, en général, les Japonaises ne s’occupent que de ce qui pourrait éventuellement dépasser du sous-vêtement sur les côtés. Un peu moins de ce que l’on appelle maillot classique en France qui peut inclure les poils du dessus.

Pour ce qui est des poils cachés (アンダーヘア à prononcer anda hea, emprunté de l’anglais under hair), on les taille aux ciseaux. Si vous êtes une femme et que vous êtes déjà allée dans un onsen (bain public de source thermale) au Japon, vous comprenez certainement de quoi je parle. Les Japonaises sont à des années-lumière du ticket de métro.

Ne pas toucher le maillot et le laisser le plus naturel possible, c’est un peu une règle si on veut éviter d’être mal vue. Les maillots épilés renvoient à une fille de joie ou une fille très ouverte sexuellement…Pourquoi ? Parce qu’à l’époque Edo (1600-1868) seules les prostituées s’épilaient le pubis. Cette stigmatisation n’a visiblement pas beaucoup changé presque deux siècles plus tard.

Pourtant, les mœurs évoluent lentement vers une démocratisation des maillots plus épilés. L’épilation du maillot en institut existe bel et bien : elle s’appelle VIO.

L’épilation du maillot en institut existe bel et bien : elle s’appelle VIO

La mode du maillot intégral devient même de plus en plus populaire. Son nom : ハイジーナ, sa signification ? haigina = hygiène.

Cela démontre encore la mauvaise image des poils que l’on considère comme sales. 

 

Mudage, les poils déchets, inutiles 

 

La connotation négative commence par le langage : les poils sont souvent appelés ムダ毛 (mudage, poils inutiles) en japonais.

Si l’on pousse l’étude un peu plus loin, on atteint les mesures de rejet contre les Aïnous, les indigènes du Japon. Une loi érigée en 1899 stipulant que leur culture avait disparue, les obligeait à adopter la culture japonaise et interdisait l’utilisation de leur langue maternelle et l’enseignement de leurs croyances spirituelles.

Pour les hommes Aïnous qui ont une pilosité plus forte que les Yamato (peuple Japonais moderne), il était traditionnel de se laisser pousser la barbe et d’avoir les cheveux longs, mais ces coutumes étaient également interdites. Cette loi, en vigueur jusqu’en 1997, était à la base des discriminations envers le peuple Aïnou.

Pour les hommes Aïnous, il était traditionnel de se laisser pousser la barbe

La barbe a ainsi une mauvaise image dans la société japonaise moderne et beaucoup d’hommes s’épilent également les bras et jambes.

la zone épilée à la lumière pulsée la plus populaire pour les hommes est la barbe

Une idée largement répandue dans la société japonaise est que la barbe serait un signe de négligence et d’un manque d’hygiène. Par conséquent, la zone épilée à la lumière pulsée la plus populaire pour les hommes est la barbe.

La lumière pulsée et les problèmes récents au Japon 

 

Aux informations japonaises, des personnes racontent avoir souffert de brûlures lors de séances d’épilations réalisées par des salons de beauté. Oui, car la mode est à l’épilation intégrale et de nombreux salons offrent des prix moins chers au détriment des précautions.

Normalement, ce sont plutôt les cliniques qui proposent les épilations à la lumière pulsée. Une haute technologie usant de rayons de lumière qui réagissent aux pigments noirs des poils. Le rayon va détruire le follicule pileux à la racine.

Le rayon va détruire le follicule pileux à la racine

La clé d’une épilation sans danger est la différence cruciale entre la couleur du poil et celle de la peau ainsi que son épaisseur. Il faut donc une peau claire et un poil noir et épais pour que la lumière puisse faire la différence entre la peau et le poil et qu’elle ne brûle que ce dernier.

L’épilation à la lumière pulsée n’est pas définitive comme le laser, mais une diminution réelle de la repousse des poils.

 

Les enfants de primaire s’épilent aussi ?

 

bit********さん
2021/2/9 22:15

子供が5歳くらいの時から脱毛始めた

Mon enfant a commencé à s’épiler vers environ 5 ans.

 

chi********さん
2021/2/6 10:50

5歳の息子がいます。最近ツルツルにしました

J’ai un fils de 5 ans, je l’ai épilé récemment et il est tout doux.

Ce sont les mots de mères japonaises sur le forum populaire yahoo. Au Japon, les enfants de primaire se rasent déjà car ils ont honte.

Au Japon, les enfants de primaire se rasent déjà car ils ont honte

D’après les sites de cliniques d’épilation à la lumière pulsée, le nombre d’enfants d’école primaire préoccupés par l’épaisseur de leurs poils serait en augmentation. 

 

 

Ces cliniques encouragent les parents à agir vite pour éviter les complexes des enfants dus à leur pilosité. En effet, l’été et les séances de sport en extérieur peuvent être source de stress pour ces enfants. Épiler son enfant serait lui offrir le chemin vers la confiance en soi.

 

Un article sur une simple différence de poils, remarquée en habitant au Japon qui a finalement des ramifications bien plus complexes et des racines plus profondes que je ne l’imaginais : qu’en pensez-vous ? Donnez-nous votre avis en commentaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A propos de l'auteur

Passionnée par la mode, la sociologie et le Japon, j'ai une licence en langue et civilisation japonaise. Après avoir vécu 3 ans à Kyoto et Osaka en tant qu'étudiante et mannequin, j'ai travaillé en France dans le milieu du luxe (Louis Vuitton, Dior, Isabel Marant, Paule Ka…). Mais le Japon me manquait tellement que j'y suis retournée en 2019 ! J'habite maintenant près de Kobe, dans la région du Kansai où j'ai repris mon activité de mannequin. J'ai rejoint l'équipe de Japan Glossy en juillet 2021.

2 commentaires

  1. Intéressant et surprenant. Je m’attendais avant de lire l’article à découvrir une tendance chez certaines japonaise mais il s’agit en fait d’une pratique répandue.
    L’usage du rasoir aussi m’a étonnée.
    La perception du poils dans nos différentes sociétés fait réfléchir.
    En tout cas les voyageurs étrangers ne se doutent de la façon dont leurs bras au naturel peuvent être perçus 😉

  2. Sabrina Monti on

    Article encore super bien documenté qui nous révèle une facette du Japon que j’ignorais. Merci

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