Début mars 2026, soudainement ma peau s’est mise à gratter. Mes yeux me gênaient comme si un grain de sable ou un cil s’était logé au creux de ma paupière. Je ne pouvais m’empêcher de les frotter, à la recherche de cet intrus invisible qui me piquait à chaque clignement. En vain.
Puis, après avoir fait part de ces tracas à mes amis japonais, la sentence est tombée : c’était mon 花粉症デビュー (kafunshō debut). Autrement dit, mon entrée officielle dans le monde de l’allergie au pollen.
Près d’un Japonais sur deux souffre de kafunshō, dans un pays où le replantage massif de cèdres après la Seconde Guerre mondiale s’est retourné contre la population, en provoquant une véritable épidémie d’allergies.
Mais fidèle à sa réputation de facilitateur du quotidien, le Japon a encore une fois redoublé d’ingéniosité pour lutter contre les effets affligeants des allergies saisonnières.
Découvrez comment la vie quotidienne des Japonais s’adapte à l’arrivée du pollen.

La vie quotidienne au Japon au printemps
Une belle journée ensoleillée qui annonce le printemps : pour certains, une image idyllique ; mais pour d’autres, allergiques au pollen, la certitude de souffrir des yeux, du nez ou d’avoir la peau qui démange jusqu’à en rougir.
Par beau temps, lorsque l’air est sec et le vent fort, le pollen se disperse plus facilement. Les pics surviennent généralement en fin de matinée, après 9h, puis entre 13h et 15h.
Le système immunitaire reconnaît le pollen comme une substance étrangère et produit des anticorps.

Tous ces symptômes peuvent rendre avoir un réel impact négatif sur la vie quotidienne.
Symptômes
- Démangeaisons de la gorge et de la peau.
- Démangeaisons oculaires, sensation de corps étranger dans les yeux et rougeurs.
- Congestion nasale, éternuements et écoulement nasal.
Tous ces symptômes peuvent rendre la respiration difficile, entraîner une baisse de la concentration et des troubles du sommeil, avec un réel impact négatif sur la vie quotidienne.
Prenons l’exemple de Madame M, une Japonaise particulièrement touchée par le pollen.

Madame M, une Japonaise particulièrement touchée par le pollen.
Dès le matin, la différence se fait sentir. Ses rideaux anti-pollen permettent de réduire un peu l’invasion, mais passé 9h, elle ne peut plus ouvrir les fenêtres pour aérer la maison, au risque de laisser entrer le pollen.

Rideaux technologie pollen catch. Crédit Nitori
Pendant la période du pollen, le linge qui sèche d’habitude sur le balcon, doit être maintenant séché en intérieur. Pour éviter les mauvaises odeurs, elle utilise une lessive spéciale “séchage intérieur “, justement formulée pour combattre la prolifération des bactéries et les odeurs de moisissures afin que le linge reste frais.

La lessive séchage intérieur de marque Attack. Crédit Kao
Avant de sortir, sa première barrière est le masque. Indispensable, il protège à la fois le nez, la bouche mais également la peau. Elle se vaporise ensuite d’un spray anti-pollen, conçu pour être appliqué sur le corps, le visage et les vêtements. Il contient des ingrédients antistatiques et élimine le pollen chargé électriquement.

Spray pollen block I hada. Crédit shiseido.co.jp
À cela, s’ajoutent des lunettes, un chapeau et une veste afin de protéger ses yeux, cheveux et vêtements.

Lunettes de protection anti-pollen. Réduit à plus de 99% le pollen. Crédit Jinns
Les antihistaminiques seront à prendre toutes les quatre heures car, passé ce délai, les effets du pollen réapparaissent : son nez coule et ses yeux grattent. Sa concentration au travail baisse.

Sa concentration au travail baisse.
La journée au travail terminée, l’objectif est clair : éviter de ramener du pollen à la maison.
Arrivée devant sa porte, elle ne rentre pas tout de suite à l’intérieur. Elle doit d’abord bien brosser ses vêtements et son chapeau à l’aide d’un rouleau adhésif afin d’éliminer le pollen.
Enfin à l’intérieur, direction la salle de bain pour se laver les mains et le visage. Elle se gargarise ensuite avec un produit spécifique pour se laver la gorge.
Si la journée était particulièrement ensoleillée et forte en pollen, elle passe directement sous la douche suivie d’un bain pour éliminer tout pollen déposé sur son corps. Dans les cas les plus extrêmes, la soirée et la nuit seront passées avec un masque. En espérant réussir à dormir.
L’allergie au pollen : Japon VS France
L’allergie au pollen touche de plus en plus de Japonais chaque année, à tel point qu’une expression a été créée : le kafunshō debut. Une expression empruntée à la langue française pour désigner l’entrée dans une nouvelle étape de vie, ici détournée avec humour.
L’épidémie est telle que le Japon fait partie des pays les plus touchés au monde.
Pour en comprendre l’ampleur, un grand sondage mené en 2019 par Weathernews révèle que plus d’une personne sur deux souffre d’allergies saisonnières. Le phénomène touche particulièrement les adolescents et les jeunes adultes de 13 à 39 ans, avec près de 70 % des adolescents souffrant de kafunshō.

55% des sondés se disent atteints de kafunshō
Et la tendance continue d’augmenter chaque année.
En 2026, à l’heure où j’écris ces lignes, la quantité de pollen de cèdre dans l’air devrait être supérieure à la moyenne dans plusieurs régions du Japon.
C’est d’ailleurs ce pollen de cèdre qui cause le plus d’allergies au Japon. Dans un pays où la distance entre la ville et la forêt est souvent courte, il affecte directement la population.

Cette brume n’est en fait que du pollen
Si le pollen de cèdre domine au Japon, la situation est différente en France, où ce sont plutôt les pollens de graminées qui provoquent les allergies. Dans l’Hexagone, le nombre de personnes concernées est également plus faible qu’au Japon, avec environ 20 % des enfants à partir de 9 ans et 30 % des adultes.
Les effets sur la société japonaise sont tellement importants que l’État a décidé de couper 70 000 hectares de cèdres d’ici 2033. Le gouvernement prévoit de les remplacer par des variétés moins allergènes.
En attendant, pour de plus en plus de Japonais chaque année, la beauté des cerisiers du printemps est éclipsée par l’arrivée d’un pollen tant redouté.
Sources