Et si une simple bouchée pouvait rendre le plaisir de manger plus accessible ?
Le 22 octobre 2026, j’accompagnais Tinakrys chez iRASSHAi, à Paris, pour découvrir Hitokuchi no Tabi, à l’occasion d’une soirée organisée par Mishima Foods. Au programme : une approche originale de l’alimentation inclusive venue du Japon, mais aussi la découverte de KAKERA, le projet de l’entreprise japonaise CACL autour du réemploi de fragments de céramique.
Deux initiatives très différentes au premier regard, mais qui partagent finalement une même volonté : imaginer de nouvelles solutions à partir de contraintes existantes, sans sacrifier l’esthétique ni le plaisir.
Hitokuchi no Tabi, « un voyage en une bouchée »
Avec Hitokuchi no Tabi, que l’on pourrait traduire par « un voyage en une bouchée », Mishima Foods s’intéresse à une problématique à laquelle on pense encore trop peu : comment continuer à profiter pleinement d’un repas lorsque mâcher ou avaler devient difficile ?
Le concept repose sur de petites bouchées 100 % végétales, à la texture particulièrement tendre, pensées notamment pour les personnes rencontrant des difficultés de mastication ou de déglutition.
Mais plutôt que de considérer l’alimentation adaptée sous son seul aspect fonctionnel, Mishima Foods travaille également sur les saveurs, les couleurs et la présentation.
Une dimension essentielle : manger reste un plaisir, et l’apparence d’un plat contribue elle aussi à l’envie de le déguster.
Lors de cette soirée parisienne, plusieurs recettes aux profils très différents étaient proposées à la dégustation.

Notre coup de cœur ? La bouchée ume-wakame ! Une association mêlant les notes acidulées caractéristiques de l’ume aux saveurs iodées de l’algue wakame. Une combinaison très japonaise qui nous a particulièrement séduites.
Une autre vision de l’alimentation inclusive japonaise
Hitokuchi no Tabi montre surtout qu’une alimentation conçue pour répondre à des besoins spécifiques peut également être créative, esthétique et gourmande.
Une approche particulièrement intéressante dans un contexte où les questions liées au vieillissement de la population et à l’accessibilité de l’alimentation occupent une place importante au Japon.
L’objectif n’est donc pas simplement de modifier la texture d’un aliment, mais de préserver autant que possible l’expérience du repas : reconnaître les saveurs, avoir envie de goûter et continuer à partager un moment autour de la table.
Une conception de l’alimentation inclusive qui replace le plaisir au centre de l’assiette.
KAKERA : quand les fragments de céramique deviennent matière à créer
La soirée nous réservait une seconde découverte avec la présentation de KAKERA, une marque développée par l’entreprise japonaise CACL, installée dans la préfecture d’Ishikawa, une région particulièrement réputée pour son artisanat et notamment pour la production de céramique Kutani.
KAKERA signifie « fragment » en japonais. La marque, officiellement lancée en 2025, utilise des morceaux de céramique et d’autres matériaux qui auraient normalement été écartés ou jetés pour imaginer de nouveaux objets, matériaux et créations design.
Derrière cette démarche se trouve également l’histoire récente de la péninsule de Noto.
Du séisme de Noto à de nouvelles créations
Le 1er janvier 2024, un puissant séisme frappe la péninsule de Noto, dans la préfecture d’Ishikawa. De nombreux habitants, entreprises et artisans de la région sont durement touchés.
À la suite de la catastrophe, CACL s’engage à travers différentes initiatives destinées à soutenir la région et ses artisans. L’entreprise récupère notamment plusieurs tonnes de céramiques endommagées et travaille autour de matériaux issus de savoir-faire emblématiques de la région.
Parmi eux figurent notamment des fragments de Kutani-yaki, célèbre porcelaine de la préfecture d’Ishikawa, mais aussi des pièces de Suzu-yaki, une céramique originaire de la péninsule de Noto.
Avec KAKERA, ces morceaux cassés ou considérés comme inutilisables deviennent le point de départ d’autre chose.
Ils peuvent être assemblés, transformés ou intégrés à de nouveaux matériaux pour créer des objets contemporains, tout en conservant une trace de leur histoire.
Une manière particulièrement forte de faire dialoguer mémoire, artisanat japonais, design et upcycling.
Pour en savoir plus sur cette démarche, le projet KAKERA est présenté sur le site officiel de CACL.
Préserver l’artisanat japonais autrement
À Paris, Junichi Okuyama, fondateur de CACL, est venu présenter cette démarche et le travail réalisé autour de KAKERA.
Au-delà de l’upcycling, le projet soulève une question particulièrement intéressante pour l’artisanat japonais : comment préserver un savoir-faire traditionnel tout en lui permettant d’évoluer ?
CACL travaille justement à la rencontre de plusieurs enjeux : la transmission des métiers artisanaux, la création de nouvelles utilisations pour des matériaux considérés comme inutilisables, mais également le développement d’opportunités professionnelles plus inclusives.
Une philosophie qui donne une dimension supplémentaire aux objets présentés.
Le fragment n’est plus uniquement le vestige d’une pièce cassée : il devient une nouvelle matière première.
Deux projets japonais tournés vers l’avenir
Sur le papier, Hitokuchi no Tabi et KAKERA évoluent dans des univers très éloignés.
D’un côté, l’alimentation. De l’autre, l’artisanat et le design.
Pourtant, cette soirée organisée chez iRASSHAi faisait apparaître un véritable point commun entre les deux projets : partir d’une difficulté pour imaginer de nouvelles possibilités.
Mishima Foods repense la texture des aliments afin que davantage de personnes puissent conserver le plaisir de manger.
CACL transforme quant à elle des fragments et des objets endommagés en une matière capable de raconter une nouvelle histoire.
Deux manières, finalement, d’imaginer un Japon à la fois innovant, inclusif et restant attaché à ses savoir-faire.
Merci à Mishima Foods, à iRASSHAi Paris et à Junichi Okuyama de CACL pour cette soirée et ces belles découvertes.

















