Dès les premières minutes, Mon grand frère et moi m’a profondément touchée. C’est le genre de film qui ne cherche pas à forcer l’émotion, et pourtant, impossible de retenir ses larmes. J’ai pleuré du début à la fin.

Ce qui rend l’expérience si intense, ce sont avant tout ses personnages. Ils sont d’une justesse rare, profondément humains, et surtout incroyablement attachants. Même la protagoniste, pourtant peu démonstrative, parvient à transmettre une palette d’émotions d’une grande richesse. À travers elle, on ressent sa colère, sa frustration, sa rancune, mais aussi ses regrets, presque étouffés.
Le film nous embarque alors dans un véritable voyage émotionnel, qui évoque clairement les différentes étapes de la courbe du deuil. Progressivement, à mesure que les souvenirs refont surface, le regard qu’elle porte sur son frère évolue. Derrière ses défauts, elle redécouvre l’homme qu’il était aussi : imparfait, certes, mais profondément humain.
C’est là toute la force du récit. Il nous rappelle que personne n’est entièrement bon ou mauvais. L’être humain est fait de nuances, de contradictions, de zones d’ombre et de lumière. Pourtant, dans la douleur, il est parfois plus facile de figer quelqu’un dans une image négative.
Le film propose alors une reconstruction, presque une réconciliation. En replongeant dans son passé et ses souvenirs d’enfance, mais aussi à travers les échanges avec son neveu, elle redécouvre les valeurs que son frère a su transmettre. Des valeurs simples, mais profondément humaines, qui témoignent de ce qu’il était réellement.
Une réalisation tout en délicatesse
Mais Mon grand frère et moi, ce n’est pas seulement un récit poignant, c’est aussi une œuvre portée par une réalisation particulièrement soignée. Derrière la caméra, on retrouve Ryōta Nakano, déjà connu pour La Famille Asada, un réalisateur dont le cinéma explore depuis plusieurs années les liens familiaux, le deuil et la manière dont les êtres humains continuent d’avancer après la perte d’un proche.
Dans le dossier de presse du film, le réalisateur explique d’ailleurs qu’il cherche avant tout à montrer « comment vivent ceux qui restent ». Une approche que l’on ressent profondément tout au long du film. Loin d’un mélodrame larmoyant, Ryōta Nakano préfère observer les petits gestes du quotidien, les silences, les maladresses et les contradictions humaines. Il décrit lui-même son cinéma comme une forme de « tragédie comique », où l’humour et la tendresse coexistent constamment avec la douleur.
Les plans sont justes, jamais démonstratifs, mais toujours au service de l’émotion. La caméra sait se faire discrète quand il le faut, laissant toute la place aux silences et aux regards, puis capter avec précision les moments clés.
L’environnement dans lequel évoluent les personnages joue également un rôle essentiel. Le frère choisit de s’exiler dans une ville du nord du Japon pour se reconstruire — ou plutôt renaître, comme il le dit lui-même. Un lieu marqué par la reconstruction, qui fait écho à son propre cheminement intérieur.
On se laisse alors porter par ces paysages du quotidien : une école, un hôtel, une gare, un port, une immense bibliothèque… Des lieux simples, mais profondément vivants, qui participent à cette sensation d’apaisement. Il y a une vraie douceur qui se dégage de cet environnement, comme une parenthèse hors du temps, propice à la reconstruction et à l’introspection.
Quant aux couleurs, elles accompagnent parfaitement cette atmosphère. Douces, parfois légèrement mélancoliques, elles renforcent cette impression de nostalgie et de retour vers le passé.
Un humour japonais aussi surprenant que touchant
Et puis, il y a l’humour. Un humour typiquement japonais, parfois exagéré, presque inattendu, qui vient s’insérer au cœur même des moments les plus sensibles. Loin de casser l’émotion, il joue un rôle essentiel : il permet tantôt d’alléger la tension, de laisser respirer le spectateur, tantôt au contraire de renforcer l’impact émotionnel en créant un contraste subtil mais puissant.
Ryōta Nakano explique d’ailleurs qu’il accorde une grande importance à cette dimension humaine et comique du quotidien. Selon lui, même dans les situations les plus douloureuses, les êtres humains restent capables de gestes tendres, maladroits ou drôles. C’est précisément ce mélange qui rend le film aussi sincère et profondément vivant.
Une réflexion touchante sur la famille
Au-delà de cette histoire intime, le film résonne avec une réflexion plus universelle sur la famille. On parle beaucoup aujourd’hui de relations toxiques — et à juste titre. Mais Mon grand frère et moi nous invite aussi à nuancer notre regard. À accepter que les liens familiaux, qu’ils soient de sang ou de cœur, sont complexes, imparfaits, parfois douloureux, mais rarement univoques.
Car au fond, ce film nous rappelle une chose essentielle : il est facile de juger. Mais lorsqu’on prend le temps de creuser, on réalise que rien n’est jamais totalement noir ou blanc. Nous sommes tous faits de nuances de gris.
« La famille n’est pas un fardeau, c’est un refuge. »
Fiche technique
- Titre : Mon grand frère et moi
- Titre original : Ani no Shimai
- Réalisation : Ryōta Nakano
- Scénario : Ryōta Nakano
- Durée : 2h07
- Année : 2025
- Pays : Japon
- Genre : Drame, comédie dramatique
- Date de sortie française : 6 mai 2026
- Distribution France : ART HOUSE FILMS
- Musique : Hiroko Sebu
- Image : Hiroshi Iwanaga
- Montage : Ryuichi Takita
Casting principal
- Ko Shibasaki : Riko Murai
- Joe Odagiri : le grand frère
- Hikari Mitsushima : Kanako
- Himeno Aoyama : Marina
- Yota Mimoto : Ryoichi
Ending theme : 「家族という旅」 (« La famille, un voyage »), composée et arrangée par Hiroko Sebu.
Crédits photos : ©2025 Bring Him Down to a Portable Size Film Partners